La Société des Amis de Jean Lorrain a été créée à Fécamp, en mai 1996, sur l'initiative de M. Thierry Rodange, membre de l'Académie des Belles Lettres et des Beaux-Arts du Pays de Caux.
Son but est de contribuer à la redécouverte de Jean Lorrain, encore trop méconnu, y compris dans sa ville natale, par le biais de publications et de manifestations diverses.
La Société des Amis de Jean Lorrain compte actuellement 30 adhérents issus de toute la France, mais également du monde entier.
Statut : Loi 1901
Cotisation annuelle : 20 €
Siège social : Hôtel de Ville, 76400 Fécamp
Bureau
Président : M. Thierry Rodange
Secrétaire général et Directeur des publications : M. Thibaut d'Anthonay
Trésorier : M. Georges Gay
Personnes à contacter
M. Thierry Rodange : thierry.rodange@laposte.net
M. Thibaut d'Anthonay : thibaut.danthonay@aliceadsl.fr
Le mot du Président
"Nul n'est prophète en son pays !". C'est ce que nous enseigne le vieil adage ; et, de tous les écrivains normands, sans doute est-ce Jean Lorrain qui peut le mieux l'illustrer. Il ne fait pas bon en effet, aujourd'hui encore, à Fécamp, parler de Jean Lorrain, même cent ans après sa mort. Parce que certaines de ses idées dérangent, parce que la vie qu'il a menée choque les plus puritains, parce que surtout depuis la mort de Georges Normandy, son hagiographe, nul ne s'est véritablement attaché à entretenir sa mémoire en terre normande.
L'oubli dans lequel il est tombé est tel que, même dans sa ville natale, à l'évocation de son nom, on mentionne une école, une avenue, parfois même un charcutier !, mais très rarement un écrivain. Et pourtant ! la plaque apposée à l'entrée de la maison qui le vit naître et qui abrite aujourd'hui une école est là pour rappeler quel homme il fut ; mais qui l'a véritablement lue ? Et que dire de son buste, réalisé par Alphonse Saladin et qui connut voilà plus de 90 ans une inauguration très officielle, si ce n'est qu'il sert aujourd'hui aux enfants au fond de la cour pour délimiter les buts d'un terrain de football ! Triste fin pour celui qui s'en est plus d'une fois retourné dans sa tombe !
Depuis donc la mort de Normandy en 1946, Jean Lorrain, à Fécamp, est petit à petit tombé dans l'oubli. Oubli serait même presque un euphémisme puisque sans l'intervention de quelques érudits, qui sait ce que serait devenue sa dépouille au moment où l'on décida de raser le vieux cimetière pour y bâtir un supermarché. Et les efforts entrepris d'abord par Pierre Kyria en 1973 puis par Philippe Jullian l'année suivante, n'ont contribué qu'à réveiller une morale bien pensante et exacerber les craintes des responsables culturels, condamnant ainsi à l'ouble le seul écrivain que la ville aurait dû pourtant s'enorgueillir d'avoir pour enfant.
Certes, il y a cette vie de satrape tumultueuse, tous ces scandales, ces duels, ces frasques délétères, ces prises de position politiques violentes, ces abus d'éther ; sans parler de toute cette quête homosexuelle qui le conduit parfois jusqu'à l'inimaginable. Tout ceci est indéniable et serait bien stupide celui qui chercherait à le dissimuler, à le nier. Mais est-ce une raison suffisante pour étayer une thèse qui conduise, au nom même de ce qui ne serait alors qu'arguties, à le condamner à l'oubli ? Il faudrait en ce cas englober en un même moule l'homme et l'écrivain et ce ne serait pas raisonnable car au nom d'une telle démarche ni Céline, ni Drieu la Rochelle, ni Maurras, ni Proust, ni même Léautaud ne seraient alors aujourd'hui connus.
Car subsiste pour Lorrain l'oeuvre, avec ses différentes facettes ; l'oeuvre romanesque en tout premier lieu, au sein de laquelle Monsieur de Phocas semble occuper une place de choix et puis également les chroniques, ces chroniques si nombreuses qui révèlent un Lorrain journaliste hors pair, à la plume acérée et au talent hors du commun, sans oublier les poèmes, les pièces de théâtre, les récits de voyages. Oui, Lorrain appartient au petit nombre de ces auteurs du XIXe siècle qui avaient parfaitement assimilé les leçons de Théophile Gautier et qui avaient donc compris que pour devenir un grand écrivain, il fallait d'abord fourbir ses armes en poésie puis arriver au roman en passant par le journalisme.
Thierry Rodange