|
Gustave Guiches (1860-1935) |
|
|
Gustave Guiches, qui fut l'un des signataires du fameux MANIFESTE DES CINQ rédigé contre Zola et le Naturalisme, relatera dans ses mémoires l'impression que lui fit Jean Lorrain lorsqu'il le rencontra pour la première fois dans le salon littéraire de Charles Buet.
"Quel puissant fouilleur et quel arrogant fouailleur de son temps ! Il brasse l'humanité parisienne, au jour le jour de ses chroniques [...] avec des doigts impertinents, nerveux et volontaires qui en extraient des essences de beauté et en font jaillir des gaz de pourriture. C'est un grand gars normand. Il est taillé en force et en santé. Pourtant son aspect inquiète et l'on sent que, dans ce robuste [...], il y a quelque chose qui ... ne va pas, ou bien qui va trop fort. Il a les joues pleines et blafardes, la tête pointue, les cheveux si rabattus qu'ils mangent le front jusqu'aux sourcils, les yeux désorbités [...] Il porte un complet prune d'une élégance et d'un ajusté à donner le frisson. Un allégorique joyau devrait mieux se cacher dans les plis de son plastron feu, et sa présence inflige à toute la maison quinze jours de parfum. Il est entré en littérature avec une merveilleuse gerbe de fleurs qui, tout à la fois, embaume et empoisonne [...] Il prend le crachoir, c'est le cas de le dire, et ne le lâche plus [...] Il raconte tous les potins du jour et ceux du lendemain. Il ouvre des alcôves qu'il referme avec des airs dégoûtés. Il révèle des salons équivoques, des bars épouvantables, des bouges d'assassins. Il émeut et amuse."
(AU BANQUET DE LA VIE)
|
|
Dernière mise à jour : ( 29-10-2007 )
|