Poète et dramaturge, mais également dessinateur et peintre, Henry Bataille a laissé de beaux témoignages sur les auteurs de son époque, comme en témoigne ce flamboyant portrait de son ami Jean Lorrain.
"C'est une sorte de grand barbare, un barbare authentique, installé dans l'Urbs boulevardière, où il apporte et prodigue depuis vingt ans ses instincts de sang et de volupté, sa compréhension raffinée de la ville, son sens des ironies locales [...] Du barbare, il a, en effet, le goût des bijoux et des gemmes, des parfums forts, des teintures, des matières adornées, des poisons, des éthers, l'irrésistible attraction vers les chatoiements de turquerie, l'amour du bazar et le fétichisme superstitieux des choses. Du barbare, il a la convoitise gourmande et l'amusement artiste, et aussi une sensibilité d'enfant très douce, facilement en larmes, une sincérité à tout propos qui s'attendrit en paroles véhémentes [...] et - dominant le tout - par-delà les émois, le scepticisme, la méchanceté, les colères, les ambitions, une candeur, une grande candeur mal dissimulée qui fait le fonds véritable de cette nature [...] Sa figure claire, aux maxillaires assassins, prête pour le casque ou le turban, dit nettement les alternatives qu'il a en son âme de raffinements et de bestialité [...] Barbare, il se détache violemment sur le fond gris des gens, et il lui serait difficile de dissimuler cette sincérité bouillante, vraiment extraordinaire, qui fait sa caractéristique. Barbare, il se laisse aller à lui-même avec un peu d'épouvante et infiniment de volupté. Il s'exagère. Il a aimé créer des fantômes à ses diverses images."
(LA RENAISSANCE LATINE)