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Ernest La Jeunesse (1874-1917) Convertir en PDF Version imprimable

mt_option:Ernest La Jeunesse Le 21 juillet 1896, Jean Lorrain reçut à déjeuner Ernest La Jeunesse et nota : "Tout jeune qu'il soit, il a beaucoup vu, beaucoup lu et beaucoup retenu surtout." La Jeunesse n'avait effectivement que vingt-deux ans mais sa silhouette excentrique, son visage ingrat, son esprit dénué de scrupules et sa langue prompte aux impertinences étaient déjà connus et peu appréciés par certains de ses "plus notoires contemporains". De Jean Lorrain, il brossa un portrait plutôt avantageux tout en pointant, non sans ironie, les excès d'une sensibilité malade.

 

"Baisers patients et d'une patience impatiente et lancinante, baisers fouillant et creusant la bouche, y gravant de profondes et cruelles arabesques, baisers qui aspirent lentement et avec une lenteur goulue l'âme et l'émoi des plus secrètes entrailles comme soulevées, spasmes pâles et si pâles qu'ils consument tout l'être, et les caresses qui cassent et les respects qui brisent, les nuances les plus insaisissables et les plus éternelles, M. Lorrain avait tout chanté et tout décrit [...] Et les chevaliers les plus rigides, les légendes les plus frigides, les paupières les plus vides, les allaitements sous les arbres nocturnes, les aigles blémissant en l'or blême des casques, et le sang s'épandant parmi la rouille des routes, et les cris de l'eau et des astres, les silences et les appels, les idylles et la pluie, les crapauds et les licornes, ç'avait été de l'écriture et de l'encre tranquille. Et maintenant tout revenait, tout le marquait, tout l'avait marqué. Les baisers l'avaient mordu, et il sentait sur ses lèvres leurs traces et leur âpreté : spasmes, caresses, tout l'avait abattu, tout l'avait miné, tout le tuait sans que jamais il eût pu connaître la moindre volupté, sans que les plus sauvages enlacements l'eussent sanctifié de leur naïveté, sans que, parmi des ronces, de la verdure, du soleil mauve, et de la candeur, il eût aperçu un peu de ton aile et de ton sourire, de l'ombre et du soupir de tes cils et du frisson de tes cheveux, Amour !"

(LES NUITS, LES ENNUIS ET LES AMES DE NOS PLUS NOTOIRES CONTEMPORAINS )

 

Dernière mise à jour : ( 06-09-2008 )
 
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