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Edmond Jaloux (1878-1949) Convertir en PDF Version imprimable

mt_option:Edmond Jaloux Edmond Jaloux rencontra Jean Lorrain à Marseille, chez Rémy Salvator, dandy esthète et poète, qui recevait également le comte de Montesquiou, Uzanne et La Gandara. Dans ce salon raffiné où l'on causait spirituellement voyages, oeuvres d'art et littérature, Jaloux évoque un Jean Lorrain "vif, enjoué, débordant d'histoires plaisantes, et très potinier", un Jean Lorrain "déguisé en pirate turc, s'enivrant intellectuellement de tumultes et de désordres".

 

"Il adorait les déguisements, les bals, les redoutes, les aventures nocturnes, les dangers et les voyages. Sa conversation était lettrée, caustique, mordante, avec une façon très affectée de prononcer les mots et de laisser traîner d'une voix languissante la finale de ses phrases. Il passait pour brutal, cynique et « pervers » (j'emploie à dessein un mot de cette époque dont personne ne comprend plus guère le sens aujourd'hui), mais, dès qu'on était seul avec lui, il sortait d'un portefeuille et vous montrait avec attendrissement la photographie d'une vieille dame aux cheveux blancs, qui avait un air de grande dame féodale : c'était sa mère.

Il était expérimenté et candide, arrogant et puéril, cruel dans ses propos et souvent dévoué dans ses actions, avec un cabotinage qui, lui aussi était bien de son temps, c'est-à-dire du demi-siècle où a triomphé Sarah Bernhardt et où le théâtre était le roi de Paris. En somme, il était charmant et de la meilleure compagnie, dès qu'il renonçait à vivre dans la pire [...].

Il jouait volontiers au corsaire et s'il aimait à ce point faire de longs séjours en Tunisie ou en Tripolitaine, c'était par une singulière nostalgie des époques barbaresques. Ce grand Normand aux yeux verts avait vraiment la folie de la mer et de tout ce qui rapporte à elle. Il a fini par mourir devant le port de Nice, dans une grande et vieille maison, qui a des allures de palais de décadence, d'où il pouvait voir toute la journée le va-et-vient languissant d'un havre en miniature, lequel devait lui rappeler en plus oriental son pays natal."

(LES SAISONS LITTERAIRES - 1896-1903)

Dernière mise à jour : ( 06-09-2008 )
 
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